Madame la Présidente, Distingués membres du Conseil de sécurité, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie de me donner l’occasion de vous informer de l’évolution récente de la situation dans la région des Grands Lacs.
Depuis mon dernier exposé devant ce Conseil, la mobilisation régionale et internationale en faveur d’une résolution pacifique du conflit dans l’Est de la RDC s’est poursuivie. Les processus de Washington et de Doha ont enregistré des progrès notables.
Outre l’engagement continu des parties dans le cadre de ces deux processus, je souhaite souligner deux développements significatifs. Le premier est la signature, par les autorités congolaises et des représentants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), d’un protocole relatif à leur désarmement, démobilisation et cantonnement. Cette étape a été suivi de l’élaboration d’un plan opérationnel et d’une feuille de route d’un an, ainsi que des termes de référence d’un Comité de suivi. Le deuxième développement concerne l’opérationnalisation du Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus (MCVE+), qui a effectué ses premières missions de vérification à Minembwe, au Sud-Kivu, en août, et à Masisi, au Nord-Kivu, en septembre. Ces développements constituent des avancées encourageantes vers la mise en oeuvre des accords déjà conclus.
L’Union africaine a également poursuivi ses efforts, notamment à travers la mise en oeuvre de la feuille de route et du plan d’action de six mois adoptés à Gaborone, au Botswana en juillet afin d’harmoniser les efforts de médiation. À cet égard, une mission du Panel des facilitateurs s’est rendue du 5 au 11 octobre à Goma, Kigali et Kinshasa afin d’évaluer la situation, et d’orienter davantage l’action collective vers la mise en oeuvre des engagements pris en faveur de la paix et de la stabilité à l’Est de la République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs.
Madame la Présidente, Distingués membres du Conseil de sécurité, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Comme mon cher collègue, le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la MONUSCO James Swan l’a décrit lors de sa communication au Conseil de sécurité en septembre dernier, malgré cet engagement diplomatique soutenu, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo a continué de se détériorer. Cette détérioration est intervenue dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes, qui continuent de fragiliser les efforts de paix.
Un véritable cessez-le-feu peine à se concrétiser, malgré l’appel unanime lancé par ce Conseil dans ses résolutions 2773 (2025) et 2808 (2025). Les hostilités se poursuivent dans plusieurs zones, avec un coût humain dévastateur pour les populations civiles. L’utilisation croissante de drones armés dans des zones habitées aggrave davantage les souffrances des populations civiles. À cette situation s’ajoute la propagation de la maladie à virus Ebola.
Les développements dans l’Est ont de lourdes répercussions sur les dynamiques régionales, marquées par les tensions entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, ainsi que par la méfiance persistante entre le Burundi et le Rwanda. Ce climat de défiance continue d’affecter tant l’évolution du conflit que les perspectives de paix dans la région.
Madame la Présidente, Distingués membres du Conseil de sécurité, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Face à ces défis interdépendants, j’ai intensifié mes bons offices, en étroite coordination avec le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la MONUSCO, Monsieur Swan, afin de préserver les canaux de dialogue, de favoriser la désescalade des tensions régionales et de mobiliser un soutien régional et international cohérent.
Dans le prolongement de ces efforts, mon Bureau a poursuivi son engagement en faveur de l’agenda Femmes, paix et sécurité. Le 21 septembre dernier, nous avons coorganisé à New York, avec l’Union africaine et l’Union européenne, une réunion de haut niveau qui a réuni notamment les Facilitateurs et d’autres représentants de la médiation conduite par l’Union africaine, des Ministres et hauts responsables des pays de la région ainsi que des partenaires. Les échanges ont mis en évidence l’importance de mieux relier les initiatives locales aux efforts diplomatiques en cours et de garantir la participation pleine, égale, effective et significative des femmes à toutes les étapes des processus de paix y compris le processus de Doha.
Mon Bureau poursuit également ses efforts pour soutenir une gestion plus transparente et responsable des ressources naturelles dans la région. Dans ce contexte, le 8 octobre, nous avons organisé à Lusaka, en partenariat avec la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) et le Secrétariat du Processus de Kimberley, un échange de bonnes pratiques visant à renforcer l’Initiative régionale contre l’exploitation illégale des ressources naturelles. Les discussions ont permis d’identifier des pistes concrètes pour améliorer la transparence, la traçabilité et la redevabilité dans les chaînes d’approvisionnement régionales. Les recommandations de ces échanges ont été validées par les Ministres des Mines des pays membres de la CIRGL hier (12 octobre).
Enfin, mon Bureau a continué de promouvoir la coopération régionale en matière de sécurité. À cet égard, nous faciliterons, en étroite collaboration avec la CIRGL, la tenue, le 18 octobre à Lusaka, d’une réunion des Ministres de la Défense des pays membres du Groupe de contact et de coordination, en occurrence le Burundi, la République démocratique du Congo, l’Ouganda, le Rwanda, et la Tanzanie. Cette rencontre examinera le projet de procédures opérationnelles standardisées relatives au désarmement, à la démobilisation, au rapatriement et à la réintégration des membres des groupes armés étrangers. Ces procédures visent à renforcer la coordination entre les pays concernés et pourraient ainsi contribuer aux efforts visant à répondre à la menace que continuent de représenter les FDLR, les ADF, les RED Tabara et d’autres groupes armés étrangers opérant dans la région.
Madame la Présidente, Distingués membres du Conseil de sécurité, Excellences, Mesdames et Messieurs,
La question qui se pose à nous tous est celle de savoir comment réduire l’écart manifeste entre les avancées obtenues grâce aux efforts diplomatiques et la situation qui prévaut sur le terrain. À cet égard, permettez-moi de formuler quatre observations sur les domaines où l’attention soutenue du Conseil peut encore faire la différence.
Premièrement, il importe de renforcer le rôle stratégique de l’Union africaine.
Grace aux efforts soutenus des médiateurs, les différents efforts de facilitation et de médiation deviennent de plus en plus alignés. La priorité est dès lors, de conférer à l’Union africaine un rôle plus substantiel, tant dans l’orientation des négociations que dans l’accompagnement de la mise en oeuvre des engagements convenus. Une telle implication accrue pourrait fournir un cap commun, fondé sur l’expertise et la mémoire institutionnelle des processus précédents ainsi que sur une vision africaine partagée de la paix durable, et contribuer à faire converger davantage les différentes initiatives.
Deuxièmement, les efforts de paix doivent être davantage inclusifs.
Une paix durable exige d’aller au-delà de la simple participation des femmes pour garantir leur influence réelle sur les décisions. Tel est le message sans équivoque qui s’est dégagé de la réunion de haut niveau du 21 septembre.
Cela implique de veiller collectivement à ce que les perspectives de la société civile, notamment des femmes et des jeunes, soient désormais intégrées à toutes les étapes du processus, depuis la préparation et la conduite des négociations jusqu’aux mécanismes de mise en oeuvre, de vérification et de suivi des accords.
Troisièmement, la désescalade et les mesures de confiance doivent être poursuivies sans relâche.
Dans un contexte de méfiance persistante, rétablir la confiance entre dirigeants, pays et communautés demeure un élément essentiel à la réussite des processus de paix.
C’est à cet égard que la médiation de l’Union africaine a un rôle important à jouer, en complément des processus de Washington et de Doha. Pour ma part, je continuerai à appuyer sans relâche les initiatives de renforcement de la confiance, tant au niveau politique qu’à travers des initiatives concrètes visant à favoriser la coopération régionale.
Quatrièmement, une paix durable exigera de s’attaquer aux dynamiques économiques et structurelles du conflit.
À cet égard, il importe de renforcer l’Initiative régionale contre l’exploitation illégale des ressources naturelles de la CIRGL et son outil-phare, à savoir le Mécanisme régional de certification afin d’accroître la transparence, la traçabilité et la redevabilité des chaines de valeur minérales. La finalisation prochaine de la réforme du Mécanisme régional constituera une étape importante dans cette direction.
Madame la Présidente, Distingués membres du Conseil de sécurité, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Toutes ces priorités doivent s’inscrire dans une vision stratégique de long-terme en vue de s’attaquer durablement aux causes profondes de l’instabilité dans la région des Grands Lacs. C’est la vision portée par l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. Principal instrument régional destiné à traiter les causes profondes du conflit, l’Accord-cadre d’Addis-Abeba incarne une ambition stratégique et collective de paix et de coopération régionale.
Le processus de sa revitalisation doit donc être menée à son terme et portée par une détermination renouvelée de la part de ses pays signataires. L’appui à ce processus continuera de figurer au coeur de l’action de mon Bureau, qui demeurera pleinement engagé aux côtés des États de la région et de ses partenaires afin d’en soutenir la mise en oeuvre effective.
Madame la Présidente, Distingués membres du Conseil de sécurité, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de conclure en insistant sur l’urgence de saisir la fenêtre d’opportunité que nous offre actuellement l’alignement accru des efforts de paix. Pareille fenêtre ne reste pas ouverte indéfiniment. J’exhorte donc toutes les parties à transformer les engagements en actions vérifiables et à privilégier la confiance construite par les actes plutôt que par les déclarations.
Je vous remercie.





